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Xdance

Danse - Quand Marta et Marie mènent le bal

Le Devoir

10 juin 2002

Isabelle Poulin

Ce n'est pas au Centre National des Arts que la danse a frappé en plein coeur, vendredi soir, lors du coup d'envoi du 9e Festival Danse Canada. C'est dans une petite salle, la Nouvelle Scène, transformée pour l'occasion en club, où se sont pressés beaucoup de jeunes, avides de voir, de vibrer, de participer à un événement de danse comme eux en connaissent. Xdance, de la chorégraphe montréalaise Martha Carter et la compagnie House Of Pride formée en majorité de diplômés de l'Université Concordia, est beaucoup plus qu'une performance de club, un mélange époustouflant de genres. C'est une démonstration éclatante de la vitalité de la danse, une preuve que cet art est résolument engagé dans un nouvel élan d'évolution. Il y a là tout du happening: dans cet espace où ce qu'il est convenu d'appeler les spectateurs circulent comme bon leur semble, les danseurs, six femmes et un homme, de concert avec le disc-jockey, le vidéo-jockey et l'éclairagiste, distribuent chacun et ensemble une série d'électrochocs à ceux qui s'en approchent.

Le mouvement, d'abord, une fascinante fusion de danse de rue, de hip-hop, de pas de ballet, de danse contemporaine, d'arts martiaux, est inventif en souhait. Les danseuses, véritables bombes, dévorent l'espace avec une urgence et une intensité rares. En solo, duo ou en groupe, la même puissance, la même complicité -- celle-là même créée par la promiscuité des raves -- les unissent. L'image et la musique, aux rythmes cataclysmiques, sont parties intégrantes de cet univers qui, bien qu'il semble fermé sur lui-même, exhale au contraire une formidable liberté. Ceux qui croient observer une sclérose de la danse contemporaine n'ont qu'à aller se frotter à ces kamikazes désinvoltes, le futur est là.

Le cygne sonore et le guerrier

Fidèlement, Marie Chouinard revient à Ottawa offrir sa plus récente création et invariablement, c'est le choc. Après le séisme provoqué en 2000 par Le Cri du monde et Les 24 préludes de Chopin, c'est la forme solo qui est célébrée cette année, des solos créés pour deux remarquables interprètes, Lucie Mongrain et Elijah Brown. Étude n°1 est une exploration de la sonorité du mouvement: souliers ferrés sur tapis de métal et traitement du son en direct par Louis Dufort, l'expérience n'est pas sans rappeler Concerto grosso pour corps et surface métallique de Danièle Desnoyers. Seule sur la scène, Lucie Mongrain y ajoute une tension dramatique qui dépasse largement ce qui aurait pu n'être qu'un exercice stylistique: ces tremblements, ces ondulations du tronc, cette hyper-stimulation des sens qu'elle stoppe en enlevant ses souliers et en posant un regard étonné autour d'elle sont renversants. Mais le supplément d'âme est venu avec Elijah Brown et Rober Racine au piano. Premier solo de Marie Chouinard créé en 1999 pour un interprète masculin, Des feux dans la nuit pose un regard amoureux sur la puissance et la beauté de l'homme. Sous les lumières d'Axel Morgenthaler et enveloppé de La musique des mots, doucement obsédante, interprétée en direct par le compositeur, Elijah Brown est étincelant dans sa superbe. Torse nu, crâne nu strié d'une bande noire réverbérante qui projette des rayons de lumière comme un phare vibrant, le guerrier fait face au public. Qu'il soit immobile, figure totémique ou de crucifixion, ou qu'il laisse frissonner le mouvement dans tous ses membres, l'espace autour de lui se rétracte devant autant de force virile. Une performance bouleversante, une autre oeuvre magistrale.

Les autres pièces au programme de vendredi et samedi ont soulevé un intérêt beaucoup plus mesuré. C'est à la compagnie torontoise Dancemakers qu'est revenu l'honneur d'ouvrir le Festival. The Satie Project, oeuvre commandée au directeur artistique Serge Bennathan, est un hommage au compositeur rendu par la danse et la musique. Le piano à queue, la scénographie d'une belle sobriété -- le noir des costumes, le rouge du rideau de fond et les 28 lampes -- les interprètes fabuleux, la pianiste Ève Egoyan comme les danseurs, composent un ensemble ludique comme Satie l'aurait aimé. La pianiste, qui interprète 23 de ses courtes pièces, est fortement sollicitée dans les jeux des sept danseurs, mais ces interactions comme l'hyper-activité gestuelle créent une impression de surcharge. Lola Dance de Vancouver présente avec Volio un beau trio de femmes dans un environnement scénique qui évoque la nature omniprésente de ce coin de pays: deux petits conifères et des images de nuages qui défilent lentement. Le mouvement prend bien le temps de trouver son rythme et la musique donne à la pièce un caractère hypnotique.

À ne pas manquer cette semaine: des oeuvres majeures de Sylvain Emard, Paul-André Fortier, Daniel Léveillé, et vendredi, un autre événement qui promet des surprises, le B-Boy Project A de Tedd Robinson et la compagnie 10 Gates Dancing inc.

The Satie Project de la compagnie Dancemakers. Chorégraphie: Serge Bennathan. Xdance de Marta Marta House Of Pride. Chorégraphie: Martha Carter. Volio de Lola Dance. Chorégraphie: Lola MacLaughlin Étude n°1 et Des feux dans la nuit de la Cie Marie Chouinard. Chorégraphie: Marie Chouinard.

Au Festival Danse Canada, à Ottawa.